jeudi 3 avril 2025

L’Afrique face au spectre du retour des coups d’État militaires : un danger pour la démocratie

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L’Afrique, continent riche en diversité culturelle et en potentialités économiques, est aujourd’hui hantée par un vieux démon qu’on croyait endormi : les coups d’État militaires et les tentatives de déstabilisation des systèmes démocratiques. Des scènes que l’on pensait reléguées à un passé sombre réapparaissent dans plusieurs pays, où des forces antidémocratiques tentent de reprendre le pouvoir par la force. Ces événements posent de sérieuses questions sur l’avenir de la démocratie en Afrique, un modèle encore fragile mais nécessaire pour garantir la stabilité et le développement.

Ces dernières années, l’Afrique a vu des tentatives de déstabilisation s’intensifier, avec des dirigeants renversés ou menacés par des factions militaires ou des complots internes. La situation récente au Bénin, où des personnalités jadis de la mouvance ont tenté de renverser le président Patrice Talon, s’inscrit dans une tendance inquiétante. Ce retour des velléités putschistes démontre à quel point le modèle démocratique, pourtant largement adopté par les nations africaines, reste vulnérable à des ambitions personnelles, des crises économiques ou des mécontentements sociaux.

Les coups d’État, souvent justifiés par les putschistes au nom du “peuple”, ne font en réalité qu’accentuer les divisions et fragiliser les fondements des institutions démocratiques. Ces prises de pouvoir par la force plongent les pays concernés dans des périodes d’incertitude, où les droits civils sont suspendus, les opposants réprimés et l’État de droit piétiné. Pire encore, elles renforcent une instabilité qui décourage les investissements étrangers, ralentit le développement économique et plonge les populations dans la précarité.

Le cas récent du Niger, où des militaires ont renversé un gouvernement élu, illustre à quel point cette dynamique peut paralyser tout un pays. Les tentatives de justification par les nouvelles autorités, arguant d’une mauvaise gouvernance ou de menaces sécuritaires, masquent souvent des intérêts personnels et corporatistes. Au lieu de restaurer l’ordre, ces coups de force ne font que retarder la résolution des véritables défis que sont la pauvreté, le chômage, la sécurité et l’éducation.

Les coups de force militaires se multiplient en Afrique : le Mali, le Burkina Faso, la Guinée et le Gabon sous la coupe des militaires

En moins de quatre ans, plusieurs pays ouest et centrafricains ont été le théâtre de coups d’État militaires successifs, témoignant d’une dégradation inquiétante de la gouvernance démocratique.

Au Mali, c’est en août 2020 que l’armée prend le pouvoir, renversant le président Ibrahim Boubacar Keïta après plusieurs mois de manifestations contre l’insécurité et la mauvaise gestion du pays. Quelques mois plus tard, en mai 2021, les militaires reviennent à la charge en déposant le gouvernement de transition, installant ainsi le colonel Assimi Goïta comme chef de l’État. Depuis, le Mali peine à retrouver une stabilité politique, tandis que la lutte contre les groupes armés jihadistes dans le nord reste un défi majeur.

Le Burkina Faso, autre pays durement touché par l’insécurité due au terrorisme, a également succombé à la tentation du coup d’État. En janvier 2022, le président Roch Marc Christian Kaboré est renversé par des militaires sous le commandement du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, arguant de l’incapacité du gouvernement à endiguer la violence jihadiste. Mais en septembre 2022, Damiba lui-même est déposé par le capitaine Ibrahim Traoré, plongeant le pays dans une instabilité persistante, où les militaires semblent en compétition pour le contrôle du pouvoir.

En Guinée, le président Alpha Condé, après une modification controversée de la Constitution lui permettant de briguer un troisième mandat, est renversé en septembre 2021 par le colonel Mamadi Doumbouya. Ce coup d’État a provoqué une onde de choc dans le pays, alors que Condé, élu en 2010, était le premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires. La transition promise par les militaires tarde à se concrétiser, et la situation reste incertaine.

Le cas le plus récent est celui du Gabon, où en août 2023, les militaires renversent le président Ali Bongo Ondimba, au pouvoir depuis 14 ans, juste après l’annonce des résultats contestés de l’élection présidentielle. Ce coup de force, mené par le général Brice Oligui Nguema, met fin à un règne dynastique de plus de cinq décennies, Ali Bongo ayant succédé à son père Omar Bongo. Bien que salué par une partie de la population fatiguée du régime Bongo, ce renversement souligne encore une fois la fragilité des transitions démocratiques dans de nombreux États africains.

L’urgence de défendre la démocratie

Face à cette recrudescence des coups d’État militaires, la question se pose : comment l’Afrique peut-elle sortir de ce cercle vicieux ? L’attrait pour les solutions expéditives proposées par les militaires est souvent alimenté par des crises multiples — économiques, sécuritaires et institutionnelles — mais ces coups de force ne résolvent jamais les problèmes en profondeur. Au contraire, ils exacerbent les tensions sociales et politiques, retardent le développement et discréditent les institutions.

Il est crucial de rappeler que la démocratie, bien qu’imparfaite, reste le meilleur système pour permettre la participation populaire, l’alternance politique et la transparence dans la gestion des affaires publiques. L’Afrique a besoin de renforcer ses institutions démocratiques, pas de les voir détruites par des coups d’État qui s’appuient sur la violence et le chaos. Chaque pays qui bascule dans le désordre militaire éloigne un peu plus le continent de la stabilité et du développement durable.

Les organisations régionales et internationales, comme l’Union africaine (UA) ou la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), doivent renforcer leur rôle de garant de la stabilité démocratique. En prenant des mesures fermes contre les régimes issus de coups d’État et en encourageant le dialogue politique, ces institutions peuvent contribuer à freiner cette dérive inquiétante.

Si l’Afrique veut véritablement se positionner sur la scène mondiale comme un continent d’avenir, il est impératif de protéger ses systèmes démocratiques. La stabilité, la paix et le progrès ne peuvent s’épanouir que dans des sociétés où le pouvoir est acquis par les urnes et non par les fusils.

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