Dans une interview accordée à RFI et France 24 le 25 mars à Libreville, le général Brice Oligui Nguema, auteur du coup d’État du 30 août 2023 contre Ali Bongo Ondimba, a défendu son bilan et justifié sa candidature à l’élection présidentielle anticipée du 12 avril. Se présentant désormais comme un civil, il affirme vouloir être porté par « le peuple gabonais » et non par un parti ou un clan.
Un retour assumé aux urnes
Le général, devenu président de la Transition, avait promis de remettre le pouvoir aux civils après des élections « libres et transparentes ». Son choix de briguer la magistrature suprême, après avoir renoncé à son statut militaire, suscite des interrogations. Pour lui, il s’agit d’une réponse à l’appel du peuple. « Le jour où le peuple a besoin de moi et qu’il m’appelle, je répondrai », affirme-t-il, soulignant qu’il n’a jamais exclu cette possibilité dans ses engagements post-putsch.
Un bilan en demi-teinte
Après 19 mois de gouvernance, Oligui Nguema met en avant des avancées sociales telles que la prise en charge des frais de scolarité et la régularisation du paiement des pensions de retraite. Toutefois, il reconnaît que la dette publique demeure une épine dans le pied de son administration, bien qu’il assure avoir réglé les échéances auprès des institutions financières internationales. « Ce n’est pas moi qui ai créé cette dette, je l’ai héritée », insiste-t-il.
Mais les défis restent considérables : 40% des jeunes sont au chômage, et les coupures d’électricité à Libreville exaspèrent la population. Ces problèmes pourraient peser sur l’appréciation de son bilan, malgré les efforts de la transition pour redresser l’économie gabonaise.
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Justice et exclusion des opposants : des critiques persistantes
L’un des dossiers sensibles abordés dans l’entretien concerne l’ancien président Ali Bongo et sa famille. Si Ali Bongo, victime d’un AVC en 2018, n’est pas poursuivi, son épouse Sylvia et son fils Noureddin sont en détention depuis 18 mois pour des accusations de malversations financières.
Des voix dénoncent une détention illégale, voire des actes de torture, ce qu’Oligui Nguema rejette fermement. Il assure que la justice gabonaise détient des preuves accablantes contre Sylvia Bongo, notamment un cachet officiel, suggérant qu’elle signait des documents à la place de son mari.
Par ailleurs, plusieurs figures majeures de l’opposition, dont Albert Ondo Ossa, Pierre-Claver Maganga Moussavou et Jean-Rémy Yama, ont été écartées de la course présidentielle en raison de restrictions juridiques. Interrogé sur la possibilité d’avoir volontairement éliminé des adversaires, Oligui Nguema balaie les accusations : « Un général qui a fait un coup de libération ne peut pas avoir peur d’un Ondo Ossa, d’un Maganga Moussavou ou de quelqu’un d’autre. »
Une relation pragmatique avec la France
Contrairement aux régimes militaires du Sahel qui ont rompu avec Paris, Oligui Nguema adopte une approche plus équilibrée vis-à-vis de la France. Il met en avant des relations d’État à État et souligne que, bien que les effectifs militaires français au Gabon soient réduits, leur présence reste d’actualité. « Aucun pays ne s’est construit sans alliés », rappelle-t-il.
L’ancien camp militaire français « Camp de Gaulle » sera rebaptisé d’un nom gabonais, et son rôle évoluera vers un centre de formation. Une manière de montrer que Libreville entend reprendre en main sa souveraineté sans pour autant rompre brutalement avec ses partenaires traditionnels.
Vers un scrutin sous tension ?
Avec huit candidats en lice, mais sans certains poids lourds de l’opposition, la présidentielle du 12 avril s’annonce disputée, mais biaisée selon les critiques. Oligui Nguema, fort de son bilan et de sa position de chef de l’État, se pose en garant du changement. Mais ses adversaires dénoncent une élection taillée sur mesure pour lui.
Reste à savoir si les Gabonais verront en lui un véritable réformateur ou un continuateur du système Bongo sous une autre forme. Le verdict des urnes sera crucial pour l’avenir du pays.
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