« Frère Hounvi », de son vrai nom Steve Amoussou, continue de défrayer la chronique au Bénin, et cette affaire anime la vie politique du pays, tout en attirant l’attention de la presse internationale. Arrêté, le présumé coupable a été présenté le 20 août 2024 devant le Procureur de la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET). Il est accusé de « provocation à la rébellion, initiation et publication de fausses nouvelles, et harcèlement par voie électronique » avant d’être placé en détention. La date de son procès est fixée au 7 octobre de cette année.
Cette arrestation du cyber-opposant a suscité des réactions au sein de l’opposition béninoise ainsi que dans une partie de la société civile, qui s’est mobilisée pour le soutenir. Ainsi, le dimanche 18 août 2024, les représentants des partis de l’opposition se sont réunis au siège du parti Les Démocrates pour condamner son arrestation, exiger sa libération immédiate et sans condition, et lancer un appel à la mobilisation générale, invitant la population à se manifester en faveur de l’accusé, dans l’espoir de démontrer leur soutien populaire.
Cependant, cet appel à la mobilisation a été ignoré par les citoyens béninois. Les images circulant sur les réseaux sociaux montraient seulement sept députés présents, tandis que les militants étaient remarquablement absents. Cet échec cuisant met en lumière une crise de confiance entre l’opposition et les citoyens, qui semblent de moins en moins convaincus par les propositions de cette dernière. L’opposition apparaît de plus en plus déconnectée des préoccupations réelles des Béninois, concentrant ses critiques sur le régime de la « Rupture » sans offrir de solutions concrètes.
Kemi Seba et Richard Boni Ouorou critiquent l’opposition
L’affaire « Hounvi » a révélé les divisions au sein de l’opposition politique. Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, a qualifié le soutien des opposants à « Frère Hounvi » d’opportuniste. Selon lui, « l’opposition a une mentalité de boutiquier politique », ajoutant que « bon nombre des membres de l’opposition souhaitent prendre la place de Patrice Talon sans pour autant changer le système néocolonial occidental ». Kemi Seba cherche-t-il à s’imposer face à une opposition qui semble avoir perdu ses repères ?
Richard Boni Ouorou, président du mouvement Libéral Bénin, a également profité d’une interview avec Crystal News pour critiquer l’opposition, dont il fait pourtant partie. Il a regretté que « la seule opposition qu’il y a au Bénin, c’est celle qui dit qu’il faut revoir le code électoral, mais il n’y a pas d’opposition qui aborde réellement les sujets quotidiens des Béninois. Moi, j’appelle ça une très faible opposition ». Pour lui, l’opposition devrait se concentrer sur des sujets comme « l’inflation, les emprunts, les libertés individuelles, l’agriculture, et les questions sociales », des préoccupations essentielles à l’ère de la « Rupture ».
Que cache le soutien de l’opposition à « Frère Hounvi » ?
L’appel à la mobilisation générale en faveur du cyberactiviste soulève des questions parmi les observateurs de la scène politique. L’opposition redoute-t-elle les révélations que pourrait faire ce contradicteur politique lors de son procès ?
Pour certains analystes, les réactions de l’opposition pourraient trahir des liens plus étroits entre certains de ses membres et « Frère Hounvi » qu’ils ne le laissent entendre. Il est possible que Steve Amoussou, qui vivait dans la clandestinité au Togo voisin, ait bénéficié de soutiens financiers de certains leaders de l’opposition pour subvenir à ses besoins. Son arrestation et son procès pourraient donc mettre en lumière une complicité entre Steve Amoussou et certains opposants. Il est également suggéré que certains cadres de l’État pourraient avoir été de mèche avec le cyberactiviste, utilisant ses publications pour discréditer le gouvernement.
L’opposition et les défenseurs de « Frère Hounvi » se compromettent-ils ?
Selon Brut Afrique, l’avocat de Steve Amoussou, Me Aboubacar Baparapé, aurait déclaré que son client n’est pas « Frère Hounvi ». « Je ne suis pas Hounvi, je suis Steve Amoussou, mais je voudrais avouer que Hounvi mène un combat noble », aurait affirmé l’accusé devant la CRIET le 20 août. Cette déclaration contredit celle des opposants et des militants des droits de l’homme qui ont exigé la libération de « Frère Hounvi » au motif que son combat serait « noble » et que son arrestation constituerait une atteinte à la liberté d’expression. Il semble que la défense adopte une stratégie hasardeuse en niant les faits au lieu de préparer une défense solide.
Toutefois, si l’accusé n’est pas « Frère Hounvi », ce dernier aurait probablement repris ses activités en ligne depuis sa cachette. Le silence qui prévaut depuis l’arrestation d’Amoussou tend à confirmer qu’il s’agit bien de lui.
En fin de compte, après avoir exprimé ses opinions – un droit fondamental –, Steve Amoussou, alias « Frère Hounvi », devra maintenant répondre de ses accusations devant la justice. Les opposants devraient donc laisser la justice faire son travail sans interférer. Leur attitude actuelle laisse planer des soupçons de complicité avec le cyberactiviste.
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